Cousin: Eryxias 399e-406a — Para que bens constituam uma riqueza, devem ser úteis

Qu’il nous dise, celui qui affirme que la richesse est un bien, ce qu'elle est en réalité.

— « Mais Socrate, moi, je ne dis rien de plus que les autres hommes sur la nature de la richesse : posséder beaucoup de biens, voilà ce que c’est que d’être riche. Et je suppose que Critias ne pense pas autrement là-dessus ».

— « Même en ce cas, continuai-je, il resterait encore à examiner quels sont les biens, de peur que, sous peu, vous ne vous trouviez de nouveau en désaccord sur ce sujet. Par exemple, voici la monnaie dont se servent les Carthaginois : ils cousent dans un petit sac de cuir un objet de la grandeur environ d’un statère. Nul ne connaît la nature de l’objet ainsi cousu, sauf ceux qui l’ont fait ; ensuite, ils mettent le sceau légal et utilisent l’objet comme monnaie. Qui en possède la plus grande quantité croit posséder le plus de biens et être le plus riche. Mais chez nous, qui en aurait beaucoup ne se trouverait pas plus riche qu’avec force cailloux de la montagne. A Lacédémone, on emploie comme monnaie des poids de fer, et de fer inutile : celui qui possède une masse considérable de ce fer s’imagine être riche. Ailleurs, cela ne vaudrait rien. En Ethiopie, on se sert de pierres gravées dont un Laconien ne saurait faire aucun usage. Chez les Scythes nomades, si on possédait la maison de Poulytion, on ne passerait pas pour plus riche que si chez nous on possédait le Lycabette. Il est donc évident que ces divers objets ne peuvent être des biens, puisque, avec eux, il y a des gens qui n’en paraîtraient pas plus riches. Mais quelques-uns sont des richesses pour certains et ceux qui les possèdent sont riches ; pour les autres, ce ne sont pas des richesses et ils ne rendent pas plus riches : ainsi le beau et le laid ne sont pas les mêmes pour tous, mais varient suivant chacun. Et si nous voulions rechercher pourquoi, chez les Scythes, les maisons ne sont pas des richesses et le sont au contraire chez nous ; pour les Carthaginois, pourquoi ce sont les sacs de cuir et pas pour nous ; le fer, pour les Lacédémoniens, et pas pour nous, ne trouverions-nous pas cette solution ? Par exemple, si un Athénien possédait de ces cailloux de l’agora, qui ne nous sont d’aucune utilité, pour un poids de mille talents, l’estimerait-on plus riche pour cela? »

— « Je ne le crois pas ».

— Mais si c’étaient mille talents de pierre lychnite, ne le dirions-nous pas fort riche? »

— « Assurément ».

— « Et n’est-ce pas, repris-je, pour ce fait que cet objet nous est utile, tandis que l’autre ne l’est pas? »

— « Oui ».

— « C’est encore pour cela que, chez les Scythes, les maisons ne sont pas des richesses, car chez eux, la maison n’est d’aucun usage : un Scythe ne préférerait pas la plus belle maison à une peau de cuir ; celle-ci lui est utile, et le reste ne lui sert de rien. De même, nous ne regardons pas comme richesse la monnaie carthaginoise : avec elle, nous ne pourrions nous procurer le nécessaire comme avec l’argent, de sorte qu’elle nous serait inutile ».

— « Apparemment ».

— « Donc, toutes les choses qui nous sont utiles, voilà des richesses ; toutes celles qui ne servent pas, ne le sont pas ».

Eryxias prenant la parole :

— « Comment, Socrate, dit-il, n’est-il pas vrai que nous nous servons vis-à-vis les uns des autres de procédés tels que discuter, nuire... et bien d’autres ? Seraient-ce là des richesses pour nous ? car, ce sont sans doute des choses utiles. Ce n’est donc pas encore ainsi que s’est révélée à nous la nature des biens. Que ce caractère d’utilité doive se rencontrer pour qu’il puisse y avoir richesse, cela tout le monde l’accorde ou à peu près ; mais parmi les choses utiles, lesquelles sont des richesses, puisque toutes ne le sont pas? »

— « Voyons, si nous essayons de cette manière, n’aurons-nous pas plus de chance de trouver ce que nous cherchons ? pourquoi usons-nous des richesses, dans quel but a-t-on inventé la possession des richesses, de même que les remèdes ont été inventés pour se débarrasser des maladies ? peut-être ainsi cela nous paraîtrait plus clair. Puisqu’il semble nécessaire que tout ce qui est richesse soit en même temps utile, et que, parmi les choses utiles, il y a une catégorie que nous appelons richesses, il resterait à examiner pour quel usage l’utilisation des richesses est utile. Est peut-être utile, tout ce dont nous nous servons pour produire, de même que tout ce qui est animé est vivant, mais, parmi les vivants, il y a un genre qu’on appelle homme. Si toutefois on nous demandait : que faudrait-il écarter de nous pour n’avoir besoin ni de la médecine, ni de ses instruments, nous répondrions : il suffit que les maladies s’éloignent de nos corps ou ne puissent les atteindre, ou, si elles surviennent, qu’elles disparaissent aussitôt. D’où il faut conclure que, parmi les sciences, la médecine est celle qui est utile à ce but : chasser les maladies. Et si maintenant on nous demandait : de quoi devrions-nous nous débarrasser pour ne plus avoir besoin des richesses, pourrions-nous répondre ? Si nous ne le pouvons, cherchons encore de cette autre manière : voyons, en supposant que l’homme puisse vivre sans nourriture et sans boisson et n’éprouve ni faim ni soif, aurait-il besoin de ces moyens, argent ou toute autre chose, qui lui permettraient de se les procurer? »

— II ne me le semble pas ».

— « Et pour le reste, de même. Si l’entretien du corps ne nous imposait les besoins qu’il nous impose actuellement, besoin tantôt du chaud, tantôt du froid, et en général de ce que le corps dans son indigence réclame, elles nous seraient inutiles ces soi-disant richesses, à supposer qu’on n’éprouvât absolument aucun de ces besoins qui provoquent notre désir actuel de richesses, désireux que nous sommes de subvenir aux appétits et nécessités du corps toutes les fois qu’ils se font sentir. Si c’est donc à cela que sert la possession des richesses, à satisfaire aux exigences du corps, supprimez ces exigences et les richesses ne nous seront plus nécessaires : peut-être même n’existeront-elles plus du tout ».

— « Il le paraît ».

— « Il nous paraît donc, sans doute, que toutes choses utiles à ce résultat sont des richesses ».

Il convint que c’étaient, en effet, des richesses, non toutefois sans être fort troublé par mon petit discours.

— « Et de ceci, qu’en dis-tu ? Est-il possible que la même chose soit à l’égard de la même opération tantôt utile, tantôt inutile? »

— « Je n’oserais l’affirmer, mais si nous en avons besoin pour la même opération, elle me paraît être utile ; sinon, non ».

— « Si donc nous pouvions fabriquer sans feu une statue de bronze, nous n’aurions nullement besoin de feu pour cette opération, et si nous n’en avions pas besoin, il ne nous serait pas utile. Le même raisonnement vaut pour tout le reste ».

— « Il le paraît ».

— « Donc, tout ce sans quoi un résultat peut être atteint, tout cela nous parait inutile pour ce résultat ».

— « Inutile ».

— « Par conséquent, s’il arrivait que jamais, sans or, sans argent, sans toutes ces choses dont nous ne faisons pas directement usage pour le corps, comme nous faisons de la nourriture, de la boisson, des vêtements, des couvertures, des maisons, nous avions la possibilité d’apaiser les exigences du corps, au point de n’en plus éprouver le besoin, l’or, l’argent et tous ces autres biens ne nous seraient d’aucune utilité pour ce but, puisque sans cela nous pourrions l’atteindre ».

— « Evidemment »

— « Et cela ne nous semblerait plus richesse, puisque ce serait inutile ; mais ce qui serait richesse, ce serait les objets qui nous permettraient de nous procurer les biens utiles ».

« Socrate, on n’arrivera pas à me persuader que l’or, l’argent et autres biens du même genre ne soient pas des richesses. Oui, je crois tout à fait que ce qui est inutile n’est pas richesse et que les richesses comptent parmi les biens les plus utiles pour cela [c’est-à-dire pour satisfaire aux nécessités du corps]. Mais je ne saurais admettre que ces richesses ne servent de rien à notre vie, puisque par elles nous nous procurons le nécessaire ».

— « Eh bien ! qu’allons-nous dire de ceci ? Y a-t-il des gens qui enseignent la musique, la grammaire, ou quelque autre science, et reçoivent eh échange le nécessaire, faisant argent de ces sciences? »

— « Oui, il y en a ».

— « Donc ces gens-là, grâce à leur science, pourraient se procurer le nécessaire en l’obtenant en échange de cette science, comme nous en échange de l’or et de l’argent ».

— « Oui ».

— « Et si de cette manière ils se procurent ce qu’il faut pour vivre, cette science aussi sera utile à la vie, car voilà pourquoi, nous l’avons dit, l’argent est utile : par lui, nous avons la possibilité d’acquérir ce qui est nécessaire à l’entretien du corps ».

— « C’est cela ».

— « Si donc, les sciences elles-mêmes appartiennent à la catégorie des objets utiles à ce but, les sciences nous semblent être des richesses au même titre que l’or et l’argent. Et il est évident que leurs possesseurs se trouvent plus riches. Or, il n’y a pas longtemps, nous avons très mal accueilli cette affirmation que ce sont les plus riches. Pourtant c’est nécessaire, et de ce que nous avons admis, il ressort comme conséquence que parfois les plus savants sont les plus riches. Si on nous demandait, en effet ; pensez-vous qu’un cheval soit utile à tout le monde, répondrais-tu que oui ? Ne dirais-tu pas plutôt : il sera utile à ceux qui savent s’en servir, non à ceux qui ne savent pas? »

— « Je le dirais ».

— « Donc, repris-je, pour la même raison, un remède non plus ne sera pas utile à tout le monde, mais à qui sait comment s’en servir? »

— « Je l’avoue ».

— Et de même pour tout le reste? »

— « Apparemment ».

— « Par conséquent, l’or, l’argent et en général tout ce qui passe pour richesse, ne seraient utiles qu’à celui-là seul qui sait comment s’en servir ».

— « Il en est ainsi ».

— « Mais précédemment ne nous semblait-il pas qu’il appartient à l’honnête homme de savoir où et comment il faut faire usage de ces biens? »

— « Oui ».

— Donc, c’est aux honnêtes gens, et à eux seuls, que ces richesses seraient utiles, puisque ce sont eux qui en connaissent l’usage. Et si elles leur sont utiles à eux seuls, pour eux seuls également il semblerait qu’elles soient des richesses. Mais, évidemment, pour un ignorant de l’équitation, les chevaux qu’il possède ne sont d’aucune utilité. Vient-on à faire de lui un cavalier, en même temps on l’enrichira, puisqu’on rend utile pour lui ce qui auparavant ne l’était pas, car en donnant à un homme la science, on lui donne du même coup la richesse ». — « Il le paraît du moins ».

— « Néanmoins, je jurerais que Critias n’est convaincu par aucun de ces discours »

— Non, par Zeus, dit-il, et je serais bien fou de me laisser convaincre. Mais pourquoi ne pas achever ta démonstration : que ce qui en a l’apparence n’est pas richesse, l’or, l’argent et le reste ? Je suis ravi d’écouter ces discours que tu es en train de développer ».

— « Oui, Critias, repris-je, tu parais ravi de m’entendre, comme on entend les rhapsodes qui chantent les vers d’Homère, puisque tu ne crois à la vérité d’aucun de mes discours. Cependant, voyons, qu’allons-nous dire de ceci ? Admettrais-tu que certains objets sont utiles aux architectes pour la construction des maisons? »

— « Il me le semble ».

— « Or, ces objets que nous appellerions utiles, ne seraient-ils pas ceux dont ils se servent pour construire, les pierres, les briques, le bois, et autres matériaux du même genre ? et encore les outils au moyen desquels ils bâtissent la maison, et ceux qui leur permettent de se procurer ces matériaux, bois et pierres, et de plus les instruments nécessaires à la fabrication de ces outils? »

— Oui, répondit-il, tout cela me paraît être utile à ces différents buts ».

— « N’en est-il pas de même pour les autres travaux ? Sont utiles, non seulement les matériaux que nous employons pour chacun d’eux, mais aussi tout ce qui nous permet de nous les procurer et sans quoi ils n’existeraient pas? »

— « Très certainement ».

— « Et encore les instruments nécessaires à la fabrication des précédents, et d’autres avant ceux-ci, et ceux qui aident à se procurer ces derniers, et toujours de nouveaux en remontant plus haut, en sorte qu’aboutissant à une série sans fin, tout cela forcément nous semble utile pour l’accomplissement de ces travaux? »

— « Rien ne s’oppose à ce qu’il en soit ainsi ».

— « Mais quoi ! si l’homme était pourvu de nourriture, de boisson, de vêtements, en un mot de tout ce qu’exige le service du corps, aurait-il encore besoin d’or, d’argent ou de toute autre chose pour se procurer ce qu’il a déjà? »

— « Je ne le crois pas ».

— « Ainsi, il y aurait des cas où l’homme ne semblerait avoir besoin d’aucune de ces richesses pour le service du corps? »

— « Non, en effet ».

— « Et si elles semblent inutiles à cette opération, jamais elles ne sauraient apparaître de nouveau utiles ? car il a été établi qu’elles ne pouvaient être pour la même opération tantôt utiles, tantôt inutiles ».

— « Mais de cette manière, dit-il, nous serions bien peut-être, toi et moi, du même avis, car s’il arrive qu’elles servent à ce but jamais elles ne pourraient redevenir inutiles. Je dirais plutôt que tantôt elles aident à accomplir des œuvres mauvaises, tantôt, des œuvres bonnes ».

— « Mais se peut-il qu’une chose mauvaise soit utile à l’accomplissement de quelque bien? » — « Il ne me paraît pas ».

— « N’appellerions-nous pas choses bonnes celles que l’homme fait par vertu? »

— « Oui ».

— « Mais l’homme serait-il capable d’apprendre quelqu’une des connaissances qui se communiquent par la parole, s’il était complètement privé de la faculté d’entendre quelque autre homme? »

— « Par Zeus, je ne le pense pas ».

— « L’ouïe est donc de la catégorie des choses qui nous paraissent utiles en vue de la vertu, puisque c’est au moyen de l’ouïe que la vertu nous est communiquée par l’enseignement et que nous nous servons de cette faculté pour apprendre? »

— « Il le paraît ».

— « Et si la médecine a le pouvoir de guérir les maladies, la médecine aussi devrait être rangée parfois parmi les choses utiles en vue de la vertu, puisque par elle on recouvrerait l’ouïe? »

— « Rien ne s’y oppose ».

— « Et si à son tour, nous pouvions nous procurer la médecine grâce à la fortune, il est clair qu’alors la fortune serait utile en vue de la vertu? »

— « Oui, c’est vrai », dit-il.

— « Et de même aussi ce par quoi nous nous procurerions la fortune? »

— « Oui, absolument tout ».

— « Ne crois-tu pas qu’un homme, par des actions mauvaises et honteuses ne puisse arriver à se procurer l’argent qui lui permettra d’acquérir la science de la médecine, grâce à laquelle il entendra, chose impossible auparavant ? Et ne pourrait-il se servir de cela précisément en vue de la vertu ou d’autre chose semblable? »

— « Mais je le crois tout à fait ».

— « N’est-il pas vrai que ce qui est mauvais ne saurait être utile en vue de la vertu? »

— « Non, en effet ».

— « Il n’est donc pas nécessaire que les moyens nous aidant à acquérir les choses utiles à tel ou tel but, soient eux-mêmes utiles à ce but, sans quoi, nous devrions avouer que des choses mauvaises sont parfois utiles en vue d’un but honnête.

— « Mais voici qui y a éclairé encore davantage ce sujet. S’il est vrai qu’il faille entendre par utile aux différents buts ce qui doit d’abord exister pour que ces buts se réalisent, voyons, que répondrais-tu à ceci : se peut-il que l’ignorance soit utile en vue de la science, ou la maladie en vue de la santé, ou le vice en vue de la vertu? »

— « Je n’oserais le dire ».

— « Et pourtant, nous devrons bien avouer que la science ne peut se trouver là où n’existait d’abord l’ignorance, la santé, là où ne se trouvait la maladie, la vertu là où n’était le vice ». Il le concéda, me semble-t-il. « Il ne paraît donc pas nécessaire que tout ce qu’exige la réalisation d’un but soit en même temps utile en vue de ce but. S’il en était ainsi, l’ignorance serait utile en vue de la science, la maladie en vue de la santé, le vice en vue de la vertu ». Il ne se laissait pas facilement dissuader, même par ces raisons, que tous ces objets fussent des richesses. Je vis donc qu’il n’y avait pas plus moyen de le convaincre que de faire cuire une pierre, comme dit le proverbe. « Eh bien ! continuai-je, laissons de côté ces discours, bien, puisque le moyen participe à la nature de la fin. Donc il n’est pas possible que le mal puisse être considéré comme un moyen. Puisque nous ne parvenons pas à nous mettre d’accord sur le fait de reconnaître si choses utiles et richesses se confondent. Mais que dirons-nous de ceci ? Jugerons-nous l’homme plus heureux et meilleur s’il a une foule de besoins concernant le corps et son régime de vie, ou s’il en a très peu et d’insignifiants ? Mais peut-être pourrions-nous considérer plutôt la chose sous un autre aspect, en comparant l’homme avec lui-même et en nous demandant quel est pour lui l’état le meilleur, celui de santé ou celui de maladie? »

— « Voilà, répondit-il, qui ne réclame pas un long examen ».

— « Sans doute, repris-je, tout le monde comprend facilement que l’état de santé est meilleur que l’état de maladie. Mais quand donc avons-nous le plus de besoins et des plus variés ? Quand nous sommes malades ou quand nous sommes en bonne santé? »

— « Quand nous sommes malades ».

— Par conséquent, c’est lorsque nous nous trouvons dans l’état le plus pitoyable que le plus vivement et le plus fréquemment, les plaisirs du corps provoquent nos désirs et nos besoins? »

— « Il en est ainsi ».

— « Et pour la même raison, comme un homme paraît être dans le meilleur état lorsqu’il se trouve le moins agité de pareils besoins, ainsi quand il s’agit de deux individus dont l’un est torturé par la multiplicité de ses désirs et de ses appétits, l’autre fort peu inquiété et calme ? Par exemple : tous ceux qui jouent, et ceux qui boivent, et ceux qui sont gloutons, car tout cela n’est pas autre chose que passions ».

— « Absolument ».

— « Et toutes les passions ne sont pas autre chose que des besoins. Donc les gens qui en éprouvent le plus, sont dans une situation bien plus pénible que ceux qui n’en éprouvent aucune ou fort peu ».

— « Oui, je comprends aussi que ces gens-là sont très malheureux, et plus ils se trouvent dans cet état plus ils sont malheureux ».

— « Ne nous paraît-il pas qu’une chose ne peut être utile à un but si nous n’en éprouvons pas le besoin pour atteindre ce but? »

— « Oui ».

— « Pour que les biens soient utiles en vue du corps et de ses nécessités, il faut donc en même temps que nous en éprouvions le besoin pour atteindre ce but? »

— « Il me le semble ».

— « Donc, qui possède le plus de choses utiles à ce but, paraît avoir également le plus de besoins à satisfaire dans ce but, puisque nécessairement c’est de toutes les choses utiles que l’on a besoin ».

— « Je crois bien qu’il en doit être ainsi ».

— « Donc, d’après ce raisonnement, il paraît nécessaire que ceux qui possèdent d’abondantes richesses éprouvent aussi des besoins nombreux relativement aux soins du corps : c’est, en effet, ce qui sert à ce but qui s’est révélé richesse. Ainsi, forcément, les plus riches nous paraissent être dans l’état le plus misérable, puisqu’ils manquent de tant de biens ».