Dacier et Grou: Le Banquet

Le Banquet ou De l'amour

traduction de Dacier et Grou

ARGUMENT: Le sujet de ce dialogue est l'Amour.

Voici d'abord le préambule, dont aucune circonstance n'est indifférente. L'Athénien Apollodore fait à des personnages qui ne sont pas nommés le récit d'un souper donné, entre autres convives, à Socrate, à Phèdre, au médecin Eryximaque et au poète comique Aristophane, par Agathon, lorsqu'il remporta le prix avec sa première tragédie. Apollodore n'a pas assisté lui-même à ce souper, mais il en a su les détails d'un certain Aristodème, l'un des convives, dont il a constaté la véracité par le témoignage de Socrate lui-même. Et ces détails sont d'autant plus présents à sa mémoire, qu'il a eu, depuis peu, l'occasion de les raconter. Les plus simples en apparence ont leur importance. - Les convives sont déjà réunis chez Agathon ; Socrate seul se fait attendre. On le voit se diriger tout pensif vers la maison d'Agathon, et s'arrêter longtemps à la porte, immobile et absorbé, malgré des appels réitérés, pendant que le souper commence. N'est-ce pas une image sensible de sa frugalité proverbiale, de son penchant décidé à la méditation plutôt qu'à cette activité extérieure qui distrait les autres hommes ? Il entre chez Agathon, sur la fin du souper, et sa venue imprime à la réunion un caractère de sobriété et de gravité inaccoutumées. Sur l'avis d'Eryximaque, les convives tombent d'accord de boire modérément, de renvoyer la joueuse de flûte et de lier quelque conversation. De quoi parlera-t-on ? de l'Amour. Voilà Platon dans son sujet. Quel art de préparer l'esprit à la théorie qui va se développer sans effort, bien qu'avec une suite logique, dans le discours que chacun des convives doit faire sur l'Amour ! Et quel soin de se prémunir contre la monotonie, en conservant à ces fins discoureurs la façon de penser et de dire convenable au caractère et à la profession de chacun ! Phèdre parle en jeune homme, mais en jeune homme dont l'étude de la philosophie a déjà purifié les passions ; Pausanias en homme mûr, à qui l'âge et la philosophie ont appris ce que ne sait pas la jeunesse. Eryximaque s'explique en médecin. Aristophane a l'éloquence du poète comique, cachant sous des discours bouffons des pensées profondes. Agathon s'exprime en poète ; enfin, après tous les autres, et quand la théorie s'est élevée par degrés, Socrate la complète et l'exprime dans le merveilleux langage d'un sage et d'un inspiré.

Phèdre prend le premier la parole pour faire de l'amour un éloge d'un caractère très noble. Ce panégyrique est l'écho du sentiment de ce petit nombre d'hommes qu'une éducation libérale a rendus capables de juger l'amour en dehors de toute sensualité grossière et dans son action morale. L'amour est un dieu, et un dieu très ancien, puisque ni les prosateurs ni les poètes n'ont pu nommer son père et sa mère ; ce qui signifie sans doute qu'il est malaisé sans étude d'expliquer son origine. - C'est le dieu qui fait le plus de bien aux hommes, parce qu'il ne souffre pas la lâcheté dans les amants, et qu'il leur inspire le dévouement. C'est comme un principe moral qui gouverne la conduite, en suggérant à tous les hommes la honte du mal etla passion du bien. «De sorte que si, par quelque enchantement, un Etat ou une armée pouvait n'être composée que d'amants et d'aimés, il n'y aurait point de peuple qui portât plus haut l'horreur du vice et l'émulation de la vertu». Enfin, c'est un dieu qui fait le bonheur de l'homme, en ce qu'il le rend heureux sur la terre et heureux dans le ciel, où quiconque a fait le bien reçoit sa récompense. «Je conclus, dit Phèdre, que, de tous les dieux, l'Amour est le plus ancien, le plus auguste, et le plus capable de rendre l'homme vertueux et heureux durant la vie et après la mort».

Pausanias est le second à parler. Il corrige d'abord ce qu'il y a d'excessif dans cet éloge enthousiaste.

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